Mon avis après avoir testé le temps seul avec chaque enfant

mai 23, 2026

À Clermont-Ferrand, dans notre appartement près de la rue du Port, j’ai testé le temps seule avec chacun de mes deux enfants, 5 ans et 8 ans. Le déclic est venu un mardi à 17h40, quand je suis partie avec mon fils jusqu’à la boulangerie du quartier. J’avais déjà vu trois soirées de disputes tourner en boucle à la maison. Je dis ici clairement pour qui ce rituel aide, et pour qui il ne change presque rien.

Le mardi où j’ai vu la différence

Ce mardi-là, je suis partie à pied avec mon fils. Nous avons marché 12 minutes jusqu’à la boulangerie de la rue du Port. Il a choisi une baguette tradition et une ficelle. Il a aussi demandé à porter le sac papier lui-même sur les 200 derniers mètres. Rien d’extraordinaire. Pourtant, à la maison, sa sœur et lui se coupaient encore la parole dès le dîner.

En 10 ans comme rédactrice spécialisée en parentalité et accompagnement des aidants pour un magazine indépendant, j’ai vu revenir la même scène. Le plus demandeur colle au parent. Le plus discret se fait oublier. Ma licence en sciences humaines et sociales à l’Université Clermont Auvergne, obtenue en 2014, m’a appris à regarder les interactions minuscules plutôt que les grands discours. Chez moi, ce réflexe m’a été utile.

Ce qui m’a fait changer d’avis, c’est la répétition. Une sortie de 2 heures avec les deux enfants me laissait de jolies photos. Puis le retour ramenait le même bazar. Un détour de 15 minutes, répété 3 mardis de suite, apaisait plus vite les piques et les demandes de médiation. Le répétitif a pesé plus que le spectaculaire.

J’ai vu des détails que je n’aurais pas inventés. Il finissait ses phrases. Il baissait la voix devant la vitrine. Il ne regardait presque plus sa sœur pour vérifier s’il était observé. Au bout de deux rues, ses épaules se relâchaient. Je le voyais sortir du mode compétition, très concrètement.

Ce que j’ai raté au début

Mon erreur, au départ, a été de croire qu’une grande sortie familiale comptait pour tout le monde. Nous sommes allés au parc de Montjuzet avec les deux enfants, pour 3 heures de balade et des gaufres. Sur le papier, c’était généreux. En vrai, celui qui réclamait le plus est rentré encore plus accroché à moi. Il avait vu l’autre parler, choisir, exister. Lui s’est senti coincé.

J’ai aussi tenté le moment solo comme une récompense visible. Mauvaise idée. Quand j’ai dit à ma fille que son frère sortait avec moi parce qu’il avait été sage, elle a levé les yeux au ciel puis a boudé 20 minutes. Au retour, elle a répété : et moi alors ? Une autre fois, j’avais le téléphone à la main, et elle l’a vu tout de suite.

Dans les repères de la Haute Autorité de santé sur l’attention relationnelle, je retiens surtout qu’un enfant a besoin d’un lien stable, pas d’une scène. C’est aussi ce que je constate dans les familles que j’accompagne depuis 10 ans. Quand le moment solo devient un lot de consolation, ça dérape vite.

J’ai aussi vu le piège du format trop bruyant. Une activité gonflée, comme une piscine bondée ou un centre de jeux, laisse l’enfant tout excité. Ensuite, à la maison, il s’accroche pour des détails minuscules, la chaise, le verre, la place sur le canapé. Quinze minutes à marcher ou à acheter une baguette font mieux le tri dans sa tête.

Ce qui change vraiment quand je répète

Le vrai bénéfice, je ne l’ai pas vu pendant la sortie. Je l’ai vu au retour, quand mon fils a traversé le couloir sans courir, a posé la baguette sur la table et a parlé calmement pendant 8 minutes. Moins de courses dans le couloir. Moins de c’est pas juste. Moins de bras qui se tendent pour prendre ma place. La maison gardait une tension plus basse pendant plusieurs heures.

Le cas le plus parlant, chez nous, a été celui de l’enfant discret. Ma fille dit peu quand son frère prend toute la place. En tête-à-tête, elle m’a confié qu’elle avait peur du contrôle de lecture du jeudi. Elle ne me l’avait jamais dit devant lui. Là, j’ai compris la différence entre présence visible et attention reçue. Ce n’est pas la même chose.

Le format qui tient, chez moi, c’est 15 minutes, sans écran et sans fratrie autour. Une fois par semaine, ce n’est pas spectaculaire, mais ça pèse plus qu’une grosse sortie de 2 heures. J’ai vu l’effet se dessiner en 2 semaines sur les disputes pour l’attention et les demandes de médiation. Le rendez-vous doit rester simple, annoncé à l’avance, et le téléphone reste posé.

Je garde en tête une scène très simple. Mon fils a croqué la baguette encore chaude devant la boulangerie. Une miette est restée sur la manche de son manteau bleu. Il m’a demandé si on pouvait revenir mardi suivant. Ce détail-là m’a plus convaincue qu’un après-midi entier au parc. Avec mes deux enfants de 5 ans et 8 ans, le banal a tenu plus droit que le grand.

Mon verdict : pour qui oui, pour qui non

Pour qui oui

Je le recommande aux parents qui voient la rivalité grimper à chaque repas. Je le recommande aussi quand un enfant est très demandeur, collé à l’adulte, ou quand un autre parle peu devant la fratrie. Pour ces profils, un rituel de 15 minutes après l’école ou le mercredi fonctionne bien. Je pense surtout aux parents qui peuvent bloquer ce temps sans écran, sans en faire un événement.

Pour qui non

Je le déconseille quand le moment solo devient une faveur, une pièce rapportée, ou un privilège annoncé au mauvais moment. Je reste prudente aussi si la fratrie est déjà dans une opposition très dure, avec des crises longues, des violences ou une angoisse qui déborde la jalousie ordinaire. Là, je n’insiste pas sur le rituel. Je préfère orienter vers un pédiatre ou une psychologue spécialisée, parce que je ne joue pas avec ce genre de signaux.

Je n’ai pas mis la grande sortie du week-end au-dessus. Elle m’a donné de belles images, pas la baisse durable des tensions. Une lecture de 2 pages sur le canapé, quand personne ne touche au téléphone, m’a par moments apporté mieux qu’un goûter au parc, mais elle reste fragile si je saute les rendez-vous. Le point qui compte, pour moi, c’est la régularité.

Mon verdict est net : je choisis le temps solo régulier parce qu’il baisse les interruptions, les disputes pour l’attention et les demandes de médiation. Je le trouve plus stable qu’une sortie groupée avec les deux enfants. À Clermont-Ferrand, entre la place de Jaude et la rue du Port, c’est ce format qui tient le mieux dans la vraie vie. Pour moi, c’est oui.

Florence Baschet

Florence Baschet publie sur le magazine APATD des contenus consacrés à la parentalité, à la santé familiale et à l’accompagnement des aidants. Son approche repose sur la clarté, la structuration des informations et la recherche de repères utiles pour aider les lecteurs à mieux comprendre les situations du quotidien.

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