Avoir laissé mon aîné trop longtemps devant la tablette par facilité, et le strabisme inattendu qui s’en est suivi

avril 23, 2026

Le premier jour où j’ai pris rendez-vous chez l’orthoptiste, c’est après avoir vu ce léger décalage dans le regard de mon fils. Pendant des mois, j’avais laissé mon aîné passer des heures devant sa tablette, principalement pour gagner du temps quand je devais m’occuper des plus jeunes ou gérer les urgences du quotidien. Je pensais lui offrir un moment calme, une pause dans le tumulte familial. Je ne m’attendais pas du tout à ce que ce geste, anodin à mes yeux, déclenche un strabisme intermittent. Ce diagnostic est tombé comme un coup de tonnerre, un trouble visuel que personne ne m’avait vraiment expliqué avant, et que je n’aurais jamais imaginé lié à la tablette.

Je croyais juste lui offrir un moment calme, pas déclencher un trouble visuel

Dans notre famille, la tablette était devenue la solution facile quand je devais gérer plusieurs choses en même temps. Avec deux enfants, dont le plus jeune qui demande beaucoup d’attention, j’étais souvent débordée. Les journées où je devais préparer le repas, calmer un bébé en pleurs ou faire le ménage se transformaient vite en chaos. Installer mon aîné avec sa tablette semblait la meilleure idée pour qu’il reste tranquille. Il pouvait y passer 3 à 4 heures, découpées en plusieurs sessions, sans limite claire. Je me disais que ça le calmait, lui évitait l’ennui, et me laissait un peu de répit. J’ai vite perdu le contrôle sur la durée, sans vraiment réaliser que je laissais l’écran prendre toute la place.

Ce piège me semblait anodin. Je pensais que la tablette était un outil neutre, voire bénéfique, surtout avec les contenus éducatifs ou les jeux adaptés. Jamais je n’ai imaginé que ce temps d’écran pouvait entraîner un effet physique sur ses yeux. Je croyais juste qu’il y aurait des conséquences sur son attention ou son comportement, comme on en entend souvent parler, sans savoir que ça pouvait aller plus loin. L’idée que la fixation prolongée sur une source lumineuse puisse provoquer un trouble visuel ne m’avait pas traversé l’esprit.

En réalité, je ne connaissais rien aux détails techniques. Je ne savais pas que garder les yeux rivés sur un écran à courte distance, avec une luminosité élevée, pouvait fatiguer les muscles oculaires. Je n’avais pas réalisé que la fréquence de rafraîchissement des images, qui rend l’écran fluide, provoque une hyperstimulation visuelle. Mon fils restait assis, le regard fixe, presque sans cligner des yeux, ce qui favorisait la sécheresse oculaire. Parfois, je sentais la tablette chauffer dans ses mains, une odeur de plastique chaud qui m’échappait. Mais je n’ai jamais pensé que c’était un signal d’alarme. Le voile de concentration semblait normal pour moi, rien ne me poussait à m’inquiéter sur le moment.

Au début, je n’ai rien vu venir, jusqu’à ce que le strabisme intermittent s’installe

Les premiers signes sont passés inaperçus. J’ai remarqué une légère asymétrie dans le regard de mon fils, une sorte de décalage imperceptible au début. Je me disais que c’était juste de la fatigue, ou peut-être un hasard lié à la lumière ou à la position. Ce voile dans ses yeux, ce n’était pas flagrant, et je n’y ai pas prêté attention. Je n’avais aucune idée que ce détail allait s’installer et s’aggraver. En famille, on ne s’est pas vraiment alarmés, pensant que ça passerait avec du repos.

Le doute est arrivé quand la maîtresse m’a appelé. Elle m’a parlé d’un comportement inhabituel en classe : mon fils semblait fatigué, absent, et avait des difficultés d’attention. Ce n’était pas son habitude. En même temps, à la maison, j’ai vu ses crises d’irritabilité grandir dès qu’on lui retirait la tablette. Ces moments étaient intenses, avec des pleurs, des cris, et surtout ce regard hagard, presque vide. Je sentais une dépendance forte, un besoin compulsif de rester devant l’écran. Ça m’a fait peur, mais je n’arrivais pas à lui imposer des limites sans provoquer des conflits.

La consultation chez l’orthoptiste a confirmé mes craintes. Après plusieurs tests précis, la spécialiste a diagnostiqué un strabisme intermittent, lié à la fixation prolongée sur la tablette. Elle a expliqué que les muscles oculaires étaient fatigués, avec un déséquilibre qui se manifestait par ce décalage dans le regard. J’ai appris que cette condition pouvait s’aggraver si on ne réagissait pas vite. J’étais surprise, car personne ne m’avait dit que l’usage intensif d’une tablette pouvait provoquer un trouble aussi concret. Ce rendez-vous a duré une heure, avec des exercices à faire à la maison et un suivi régulier à prévoir.

La facture salée et les conséquences concrètes que je n’avais pas anticipées

Les rendez-vous chez l’orthoptiste ont vite représenté un coût important. Chaque séance variait entre 100 et 200 euros, et il fallait compter plusieurs mois de suivi, avec au moins une séance toutes les deux semaines au début. Au total, j’ai dépassé les 1 500 euros pour accompagner mon fils. C’est une dépense que je n’avais pas prévue dans mon budget familial, d’autant que ces rendez-vous prenaient du temps en semaine, souvent en fin d’après-midi, ce qui compliquait la gestion avec le travail et les autres enfants. Entre les trajets, les séances et l’organisation pour ne pas louper les rendez-vous, j’ai perdu environ 20 heures étalées sur trois mois.

À la maison, le temps passé à gérer les crises de colère et la dépendance comportementale était épuisant. Retirer la tablette devenait un vrai combat, avec des épisodes de frustration intense. Une fois, la crise a été si violente que j’ai craint pour son bien-être. Il hurlait, refusait de parler, et avait ce regard vide, comme s’il était prisonnier de son besoin d’écran. Ces moments généraient des tensions entre nous, et même entre les membres de la famille. Les conflits s’accumulaient, et je me sentais démunie face à cette dépendance que je n’avais pas anticipée.

Les effets secondaires se sont aussi manifestés dans la vie quotidienne de mon fils. Il a eu des troubles du sommeil : l’endormissement était plus long, avec des réveils nocturnes fréquents. En classe, sa concentration restait difficile, et il avait tendance à s’isoler socialement. Ces troubles ont duré environ 2 à 3 mois avant que les exercices et la réduction du temps d’écran commencent à porter leurs fruits. J’ai mesuré à quel point cette situation avait impacté sa vie scolaire et son bien-être, alors que je n’avais rien vu venir au départ.

Si j’avais su, j’aurais agi autrement, et voilà ce que je retiens vraiment

Si j’avais su à quel point le temps passé devant la tablette pouvait avoir des conséquences physiques, j’aurais fixé des limites strictes dès le départ. J’aurais évité de lui laisser l’écran avant le coucher, car c’est là que les troubles du sommeil ont commencé à apparaître. Observer les signaux d’alerte comme son irritabilité, son regard fixe ou ce voile de concentration aurait dû me pousser à réagir plus tôt. Je regrette de ne pas avoir pris ces signes au sérieux, pensant qu’il s’agissait juste d’un moment calme passager. J’aurais aussi surveillé la posture de mon fils, qui restait assis trop près de la tablette, sans cligner des yeux.

  • Regard qui dévie ou asymétrie oculaire
  • Crises de colère au retrait de la tablette
  • Difficultés d’endormissement et réveils nocturnes
  • Isolement et refus de jouer sans tablette

Ces signaux, quand je les regarde aujourd’hui, sont directement liés au trouble visuel et à la dépendance comportementale. Le regard qui dévie, par exemple, est la manifestation physique du strabisme intermittent. Les crises de colère au moment de couper la tablette sont la conséquence d’une hyperstimulation visuelle et d’un besoin compulsif de rester connecté. Les difficultés d’endormissement sont provoquées par la lumière bleue de l’écran, qui perturbe les cycles naturels de sommeil. Enfin, l’isolement progressif et le refus de jouer sans tablette traduisent une dépendance comportementale qui a pris le pas sur les interactions sociales.

Aujourd’hui, je sais qu’j’ai appris qu’il vaut mieux instaurer des règles claires autour des écrans, favoriser des activités sans écran, et surtout ne pas sous-estimer les effets physiques. J’ai mis en place une règle stricte : pas d’écran avant 18h, avec une limite d’une heure par jour. Ce changement a eu un impact visible sur son sommeil et sa tranquillité en moins d’un mois. Jamais je n’aurais cru qu’un simple écran, posé là pour m’aider, deviendrait un piège pour les yeux de mon fils.

Florence Baschet

Florence Baschet publie sur le magazine APATD des contenus consacrés à la parentalité, à la santé familiale et à l’accompagnement des aidants. Son approche repose sur la clarté, la structuration des informations et la recherche de repères utiles pour aider les lecteurs à mieux comprendre les situations du quotidien.

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